Le
mois de juillet s’appelle « Tiurai » en Tahitien, une adaptation
surprenante du mot anglais « July » (inutile de préciser qu’avant
l’arrivée de la goélette britannique La Résolution dans la baie de Matavai, il n’y avait ni heures, ni jours, ni mois en Polynésie).
A
travers toute la Polynésie, juillet, donc, est un mois de grandes festivités
mettant à l’honneur les arts traditionnels. Sous différentes formes et
appellations, la plupart des îles organisent des représentations de chant et de
danse ainsi que des concours de sports traditionnels. Dans la Polynésie
pré-européenne, de telles démonstrations étaient très fréquentes et se
déroulaient sur le marae du village (l’aire sacrée délimitée par des murs de
pierre), en relation avec les célébrations religieuses ou militaires. Elles
entouraient parfois les sacrifices humains ou les festins cannibales qui ont
longtemps entaché la réputation des Polynésiens, et particulièrement des îles
Marquises.
Bien
entendu les Européens n’eurent de cesse de mettre un terme à ces éclats de
paganisme et de sauvagerie lorsqu’ils prirent le contrôle des différentes îles.
A Tahiti, sous l’influence des missionnaires Protestants qui jugeaient
« immorales » sinon obscènes ces danses expressives et leurs costumes
minimalistes, le roi Pomare II prononça l’interdiction de tous “heivas” (fêtes) en 1819.
Pour
une fois, les Français firent preuve d’un peu plus de pragmatisme après leur
conquête de l’île en 1880 : ils choisirent de tolérer les arts
traditionnels au sein d’un encadrement très strict. Ainsi les danses n’étaient
autorisées que deux jours par semaine, et en 1881, le gouverneur Henri Chessé décida
d’inclure danses et chants traditionnels dans les célébrations de la prise de
la Bastille. Le festival de Tiurai était né.
L’événement
prit une importance croissante dans la première moitié du 20ème
siècle, et en 1956, une ancienne directrice d’école du nom de Madeleine Moua
posa les bases du ori Tahiti moderne en ouvrant la première école dédiée à
cet art. Sa troupe Heiva devint une attraction touristique majeure dans les
années 1960-70, lorsque Européens et Américains commencèrent à affluer vers le
tout nouvel aéroport de Tahiti. Plusieurs autres écoles virent le jour dans son
sillage et le niveau du festival de Tiurai s’éleva tant qu’il fut transformé en
un concours de chants et danses traditionnels, dont les participants ne
venaient plus seulement de toutes les vallées de Tahiti mais de nombreuses
autres îles de Polynésie.
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| Un choeur polyphonique de la lointaine île de Rapa |
Malgré
cette enfance troublée, Tumata (qui soit dit en passant n’a pas une goutte de
sang Tahitien) devint l’une des meilleures danseuses de sa génération et une
des créatrices de costumes les plus influentes. Après de nombreuses années au
sein de Heiva, elle s’associa avec Teiki Villant et Lorenzo Schmidt pour créer
Les Grands Ballets de Tahiti en 1998, une troupe professionnelle au style
innovant, mélangeant le ori Tahiti avec le modern jazz et d’autres influences. Les
défenseurs de la tradition à Tahiti furent choqués, mais les Grands Ballets
connurent un succès mondial et firent découvrir les danses polynésiennes de
l’Australie au Canada en passant par le Japon, les USA, l’Amérique du Sud et de
nombreux pays d’Europe. Lorsque les fondateurs des Grands Ballets décidèrent de
suivre des voies séparées en 2008, Tumata Robinson créa Tahiti Ora, la troupe qui
a remporté le festival de juillet 2011 à une écrasante majorité. Leur spectacle
« La légende de Marukoa », que j’ai eu la chance de voir, est
actuellement en tournée internationale et passera au Casino de Paris les 18 et 19 janvier 2013, avis aux amateurs !
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| "La légende de Marukoa" |
Renommé
“Heiva i Tahiti”
en 1985, le festival de Tiurai est désormais un immense événement pour toute la
Polynésie Française, qui s’étend sur trois semaines et voit défiler plus de
3000 chanteurs, danseurs et musiciens sur scène. La grâce des artistes,
l’enthousiasme du public, l’effet visuel de 150 danseurs parfaitement
synchronisés, la magnificence des costumes, dont certains sont entièrement
faits de végétaux, en font un spectacle inoubliable.
En
raison de la distance qui sépare les Marquises de Tahiti, il est rare de voir
des troupes de cet archipel participer au Heiva i Tahiti. Mais Hiva Oa a son
propre petit “Juillet”, comme l’appellent les Marquisiens, au cours duquel
danseurs amateurs, joueurs de ukulele et chanteurs de tous âges se produisent
dans le gymnase d’Atuona. Les danses masculines ou “haka” (et oui, les Maoris de
Nouvelle Zélande sont des cousins germains) sont particulièrement
impressionnantes et prisées par le public, bien que tous les danseurs n’aient
pas le physique de Jonah Lomu...
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| Les danseuses de Hiva Oa |






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