mardi 24 juillet 2012

Arbre à pain


Un bel arbre à pain
dans la cour du bureau de Vincent
Les Tahitiens disent que la première chose à faire lorsque vous choisissez une maison est de s’assurer qu’elle a un arbre à pain dans le jardin. Par chance, notre maison à Hiva Oa en a un.
L’arbre à pain est la plante miracle du Pacifique, celle à cause de laquelle le Lieutenant William Bligh, à la tête de la goélette « The Bounty », fut jadis chargé de rallier Tahiti depuis l’Angleterre (un voyage de dix mois à l’époque). Sa mission, dont l’objectif fut ensuite quelque peu éclipsé par la mutinerie d’une partie des marins et leur extraordinaire destinée, était de récolter des plants d’arbre à pain puis de les transporter jusqu’aux Antilles, où ils seraient cultivés pour nourrir les esclaves. Après son épique retour au royaume de Sa Majesté, à bord d’une petite barque chargée de 19 hommes, le Capitaine Bligh retourna à Tahiti et accomplit sa mission avec succès. On trouve donc aujourd’hui des arbres à pain dans les Caraïbes.
Mais au fait, cet arbre méritait-il bien toute cette peine ?Ma réponse est « oui » sans hésitation. Non seulement le fruit de l’arbre à pain est effectivement aussi nourrissant que du pain, mais c’est l’aliment le plus polyvalent que vous puissiez imaginer. La recette traditionnelle Tahitienne est on ne peut plus simple : posez le fruit sur une flamme et retournez-le jusqu’à ce qu’il soit entièrement gris et qu’un léger filet de fumée commence à en sortir. La peau est alors très facile à peler, et le goût de la chair rappelle celui de la mie de pain qui sort du four. Mais la magie du « uru » [ourou], c’est que vous pouvez aussi le cuisiner en gratin, le couper en lamelles et les faire sauter dans une poêle, ou même en faire un dessert, en y ajoutant du tapioca, de la vanille et du lait de coco. Aux Marquises, un des plats traditionnels est composé de fruit de l’arbre à pain fermenté après avoir passé plus d’un an dans un réceptacle spécial creusé à même le sol… Je dois avouer que je n’y ai pas encore goûté.
Avec un rôle aussi vital dans la vie quotidienne des Polynésiens, il était logique que l’arbre à pain fasse l’objet de nombreuses légendes. On dit qu’il est apparu à la suite du sacrifice d’un jeune père pour nourrir sa famille, à une époque lointaine où les îles étaient frappées par la famine. Une nuit, l’homme fit ses adieux à sa femme, sortit et se transforma en arbre, ses mains prenant la forme de feuilles délicatement découpées et sa tête celle d’un gros fruit rond et vert. Lorsque la femme découvrit l’arbre au matin et partagea le délicieux fruit avec ses enfants, elle l’appela « uru », qui signifie « tête » en ancien Tahitien.

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