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| Un bel arbre à pain dans la cour du bureau de Vincent |
L’arbre
à pain est la plante miracle du Pacifique, celle à cause de laquelle le
Lieutenant William Bligh, à la tête de la goélette « The Bounty »,
fut jadis chargé de rallier Tahiti depuis l’Angleterre (un voyage de dix mois à
l’époque). Sa mission, dont l’objectif fut ensuite quelque peu éclipsé par la
mutinerie d’une partie des marins et leur extraordinaire destinée, était de
récolter des plants d’arbre à pain puis de les transporter jusqu’aux Antilles,
où ils seraient cultivés pour nourrir les esclaves. Après son épique retour au
royaume de Sa Majesté, à bord d’une petite barque chargée de 19 hommes, le
Capitaine Bligh retourna à Tahiti et accomplit sa mission avec succès. On
trouve donc aujourd’hui des arbres à pain dans les Caraïbes.
Mais
au fait, cet arbre méritait-il bien toute cette peine ?Ma réponse est
« oui » sans hésitation. Non seulement le fruit de l’arbre à pain est
effectivement aussi nourrissant que du pain, mais c’est l’aliment le plus
polyvalent que vous puissiez imaginer. La recette traditionnelle Tahitienne est
on ne peut plus simple : posez le fruit sur une flamme et retournez-le
jusqu’à ce qu’il soit entièrement gris et qu’un léger filet de fumée commence à
en sortir. La peau est alors très facile à peler, et le goût de la chair rappelle
celui de la mie de pain qui sort du four. Mais la magie du « uru »
[ourou], c’est que vous pouvez aussi le cuisiner en gratin, le couper en
lamelles et les faire sauter dans une poêle, ou même en faire un dessert, en y
ajoutant du tapioca, de la vanille et du lait de coco. Aux Marquises, un des
plats traditionnels est composé de fruit de l’arbre à pain fermenté après avoir
passé plus d’un an dans un réceptacle spécial creusé à même le sol… Je dois
avouer que je n’y ai pas encore goûté.
Avec
un rôle aussi vital dans la vie quotidienne des Polynésiens, il était logique
que l’arbre à pain fasse l’objet de nombreuses légendes. On dit qu’il est
apparu à la suite du sacrifice d’un jeune père pour nourrir sa famille, à une
époque lointaine où les îles étaient frappées par la famine. Une nuit, l’homme
fit ses adieux à sa femme, sortit et se transforma en arbre, ses mains prenant
la forme de feuilles délicatement découpées et sa tête celle d’un gros fruit
rond et vert. Lorsque la femme découvrit l’arbre au matin et partagea le
délicieux fruit avec ses enfants, elle l’appela « uru », qui signifie
« tête » en ancien Tahitien.

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