jeudi 6 septembre 2012

Rain

"La pluie est traversière, elle bat de grain en grain,
quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin
"

 
Some of you may know the lovely song by Coco Rosie entitled “Tahiti rain song”. I don’t know if either of the two sisters that form the Coco Rosie duo visited Tahiti before writing this piece and recording it in their bathroom (as was their entire first album), using the sound of water drops falling on buckets as accompaniment. But what I am sure of is, should they have visited the Marquesas Islands and chosen to sing a “Marquesas rain song”, they would have opened the tap outright, and perhaps the shower as well.

The Marquesas Islands are way up North from Tahiti (1500 km, roughly the same distance as between France and Finland), which in this hemisphere means that they are much closer to the Equator. The climate is as a result quite different, milder but a lot damper. I was lucky to arrive in Hiva Oa on a sunny afternoon, but such was not the case for Vincent, who had spent the week before my arrival without seeing the sunlight for more than ten minutes. And today is the third consecutive day of a very rainy spell, which means dark brown water running from the tap, swollen rivers vomiting tons of mud into the ocean, and roads becoming very dangerous  due to frequent landslides.

Overall, the weather changes very swiftly as on all islands, but it is fair to say that during the rain season it tends to alternate between heavy showers and torrential downpours. This surely explains why Englishmen and Brittons settled on the island by the dozens in the late 19th century…

samedi 1 septembre 2012

Welcome

Hiva Oa, plus accueillante pour les morts que pour les vivants?


 On ne peut pas dire que les habitants de Hiva Oa nous ont accueillis à bras ouverts.
Le chef local du Service du Développement Rural (SDR), où Vincent effectue sa mission, était en vacances pour un mois à notre arrivée. La maison dans laquelle nous devions habiter n’avait pas été réellement occupée depuis deux ans et personne n’avait pris la peine d’y faire un peu de ménage – l’odeur de nourriture en décomposition dans le réfrigérateur était insupportable. Aucun des nouveaux collègues de Vincent ne pensa à passer le chercher le premier matin, malgré la pluie battante. Plus tard, lorsqu’une des trois voitures du service lui eut été affectée, nous nous sommes heurtés à la jalousie des autres employés, dont l’un n’hésita pas à cacher les clefs du véhicule afin que nous ne puissions pas l’utiliser le week-end.

Ne travaillant pas, je n’ai pas été affectée de façon aussi personnelle, mais le contraste entre mes premiers contacts avec les habitants de Hiva Oa et les six mois que nous venons de passer à Tahiti n’en est pas moins saisissant. Tahiti où le tutoiement universel est de rigueur ; où toute personne dont vous croisez le regard vous salue d’un « Ia ora na » souriant ; où vous ne pouvez rien acheter avant d’avoir échangé quelques politesses et fait un brin de causette avec le commerçant ; où la cliente qui faisait la queue derrière moi compléta un jour la monnaie qui me manquait sans que j’ai même eu le temps de réagir ; où un vendeur auquel nous demandions conseil nous répondit « oui ces chaussures sont très bien mais elles sont chères ici, vous les trouverez à un meilleur prix dans telle autre boutique ».

Certains objecteront que ces comportements ne sont que politesse superficielle, voire hypocrite, qu’il ne faut y voir une quelconque marque d’affection. Je connais cet argument pour l’avoir entendu à de nombreuses reprises lorsque je vivais en Grande-Bretagne et m’émerveillais sur les « hello my love ! », « how can I help? » et autres « thanks a million ». C’est peut-être superficiel en effet, et je n’ai pas l’illusion de me faire un ami de chaque personne que je croise, mais je peux vous assurer que de telles attitudes ont le mérite de rendre la vie quotidienne beaucoup plus agréable.

Une île austère, comme ses habitants?

Nuku Hiva nous a laissé une impression plus favorable, néanmoins le directeur du SDR de l’île et son épouse, tous deux originaires de Raiatea aux Iles sous le Vent, nous ont confié qu’il leur avait fallu « une bonne dizaine d’années » pour se faire accepter des Marquisiens. Parmi les étrangers qui vivent aux Marquises, qu’ils viennent de métropole ou des autres archipels de Polynésie, la nature peu amène des « locaux » est donc considérée comme un fait.
Le débat se concentre plutôt sur les raisons, et chacun y va de son explication :  ils sont si isolés, ils sont austères à l’image de leur environnement naturel, ce sont des descendants de « fonds de cale ». Tous ces arguments sont certainement dignes d’intérêt, toutefois j’ai tendance à accorder davantage de crédit à l’approche historique, tant les premiers Européens qui ont visité ces îles décrivirent leurs habitants comme exceptionnellement cordiaux, pacifiques et serviables. Le capitaine Etienne Marchand, qui fit escale à Tahuata et Hiva Oa en 1791, écrit : « Si l’on excepte l’inclination des naturels pour s’approprier tout ce qui nous appartient, on peut les regarder comme le peuple le plus doux, le plus humain et le plus généreux peut-être qui existe dans les mers du Sud. Leur complaisance et leur affabilité honoreraient le peuple le plus policé de l’Europe ». Cette impression concorde avec les récits faits par James Cook en 1774, et même par Herman Melville en 1842, qui fut pourtant retenu contre sa volonté sur l’île de Nuku Hiva pendant plusieurs mois.

Le terrible sort que connurent les Marquisiens par suite de l’ouverture de leurs îles à l’Occident dû avoir raison de dispositions si amicales, car dès 1888 Robert Louis Stevenson est choqué de l’accueil que reçoit son navire dans la baie d’Anaho à Nuku Hiva : « Pas un mot de bienvenue, aucune démonstration de politesse, nulle autre main tendue que celle du chef et de M. Regler [le représentant de l’autorité française]. Comme nous persistions à refuser les objets offerts, ils se plaignirent, hautement et grossièrement ; et l’un, le loustic de la bande, railla notre avarice au milieu de rires sarcastiques. […] Depuis, en parcourant les Iles [Stevenson naviguera pendant deux ans, visitant les Tuamotu, Hawaï, les îles Gilbert puis les Samoa où il s’installera et mourra], je n’eus plus jamais réception si menaçante ».